Quand ton client te parle d'un décès d'un proche : quelle posture juste ?


(Ou comment l’intelligence sensible m’a aidé à trouver la posture juste pour lui et moi)


Je ne sais pas pour vous mais avant, je ne savais pas du tout où me mettre quand quelqu’un me parlait du décès d’un proche. J’étais plutôt paniqué entre trop faire ou rien faire… Je n’arrivais pas à trouver un modèle mental à appliquer (c’est quoi la bonne méthode ?). L’intelligence sensible m’aide depuis à me connecter à mon corps pour ajuster ma posture.

Ainsi, vendredi, nous prenions le temps de nous reconnecter humainement en début de séance (Se connecter réellement à tout ce qui est vivant et présent aussi bien la parentalité, les rires, les déceptions, les joies que tout le reste).


Quand d’un coup, il m’annonce qu’il vient de vivre un décès d’une personne très proche. (Euh, il vient bien de dire « décès » ??? Oui je crois. Merde ! Enfin, merde pour lui ! Mais moi je fais quoi avec ça ??)

Comment être là pour lui, continuer notre séance en trouvant la posture « juste » ?


Hier, disons avant hier, j’aurais surement été dans le rôle du « Sauveur » (le fameux triangle dramatique de Karpman).

Très personnellement, j’en tirais un profit d’être considéré et valorisé. Mais depuis que je participe au cercle des Sauveurs Anonymes, je comprends qu’en fait cela n’aide pas. Je ne me posais pas la question de la posture intérieure et faisait ce qui me semblait devoir être fait. (Comme un drogué, je carburais à la récompense d’être le Sauveur… Je sais, ce n’est pas glorieux mais c’est véridique.)

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Du coup, mais j’y pense. Reste la solution de ne rien dire et rien faire. Pratique comme ça. On passe sous silence et on passe à autre chose, ce pourquoi on est là et payé. Il en parlera avec un thérapeute s’il a besoin. On est là pour bosser. Ca ne m’appartient pas. La vie perso est perso justement.

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Je me sens réellement relié à cet homme, ce papa, cet ancien ingénieur. A sa mission de transformer le monde pour apporter plus de paix.

Dans mes accompagnements, je suis réellement impliqué, en tant qu’humain, à l’aider à développer son leadership et son équilibre financier tout en respectant sa sensibilité.


Comment être là pour lui et le soutenir malgré sa souffrance ?

Comment lui permettre de vivre son deuil sans s’apitoyer sur son sort ?

Comment respecter son envie de faire la séance malgré cela sans minimiser ?

Je ne sais pas si j’arriverais à décrire véritablement ce qui se passe en moi à ce moment. Je vais tout de même essayer.


D’une part, je me rends compte que j’ai besoin d’élever mon niveau d’écoute sensible. Ecouter en moi toutes mes sensations, ce que je ressens chez et d’abord chez moi. (On organise des ateliers et des formations sur ce sujet avec 9 Sens, rdv en Ps)

Ainsi, je sens de l’inconfort et surtout j’entends plusieurs parties en moi. Certaines veulent partir. Certaines veulent sauver (on ne se refait pas…). Mais celles qui prennent le plus de place et arrivent à rallier les autres, c’est d’être présent, soutenir et prendre soin de cet homme.

Je me connecte également à la confiance que j’ai acquis ces dernières années en développant mon intelligence sensible auprès de mes clients et clientes.

Maintenant que j’écoute en moi mes sensations, je suis plus disponible à l’écouter.


Je prends des notes sur les mots qu’il prononce.

Et surtout j’écoute « sensiblement » le ton, le volume, le timbre de sa voix, sa gestuelle, la rapidité des mots, son langage non verbal… En réalité, tout ce processus est quasiment inconscient. J’écoute en moi ce que ça provoque. (Et je ne branche surtout pas ma tête pour décortiquer son non verbal. Ca me ferait sortir du lien)

De cette manière, je peux plus facilement me sentir relié à lui (les fameux neurones miroirs et l’ocytocine) pour ressentir ses intentions implicites et surtout faire ce travail si précieux d’empathie.


Il parle du deuil et aussi d’autres choses qu’ils l’ont remués ces derniers jours. Il finit par me parler de choses très mentales.

J’écoute toujours en silence (avec quelques sons pour lui faire comprendre que je l’écoute) et respecte son besoin de me parler d’autres choses mentales.

Je lui demande s’il a fini de dire ce qui était présent pour lui. Oui. Ok. (Il a l’air d’aller pas si mal maintenant ?)

Parmi l’ensemble des choses importantes dites, dont certaines précieuses pour notre séance, et même s’il a l’air mieux, je sens le besoin d’accueillir sa tristesse. L’intelligence sensible me permet de faire la part des choses entre l’humain et le projet. (Quoi dire ? Quoi faire maintenant ?)

Beaucoup de choses se jouent à ce moment précis. Je pourrais enchainer sur des choses mentales pour laisser derrière nous cet inconfort passager (passager pour moi évidemment). Faire comme si on était dur, courageux, fort. Foutaises.

(Ce qui me vient sur le moment) Je lui propose alors de faire une minute de silence pour honorer la mémoire de cette personne. Il prend le temps de se poser en lui. De laisser le rythme de sa vie se poser quelques instants. Je suis complètement présent. Je me relie à lui et cette personne.

Une fois ce moment sacré vécu, pour continuer de l’accueillir, je reformule ce qu’il a dit et valorise le rôle de cette personne. Comme pour honorer sa mémoire et ce qui vit en lui venant de cette personne. Petit à petit je fais du lien avec la responsabilité du leader qu’il est. Celle de continuer à persévérer dans son projet. Cela fait une transition douce, intégrative du deuil et sensible de ce qu’il a vécu.


A la fin de notre séance, je lui demande, comme toujours, comment il a vécu la séance et avec quoi il repart.

Ce qu’il m’a dit m’a profondément touché. Quand il a prononcé les mots « La grande classe. Une humanité rare. » par rapport à cette minute de silence et de l’accueil de son deuil. J’avais les larmes aux yeux.


C’est qui m’a poussé à écrire cet article aujourd’hui. Il n’avait pas besoin que je le sauve, que je m’apitoie sur son sort, que je le conseille, il avait besoin de pouvoir être un humain qui souffre tout en se sentant en sécurité auprès d’un autre humain qui prend soin.


Merci de m’avoir lu et merci à lui.

Mahdi

Ps : leader, leadeuse, coach, thérapeute, accompagnant, si vous avez envie vous aussi de développer votre intelligence sensible, Raphaël et moi, nous vous proposons des formations en Intelligence Sensible (neufsens.fr) et des ateliers de 2h/3h (joués dans votre entreprise/communauté) pour développer votre empathie via l’écoute sensible.


Ps2 : si vous avez envie de mettre de la sensibilité et de l’humanité dans votre leadership, je serai ravi d’en discuter avec vous : mahdi@queteinterieure.com


(crédits photo : Photo de Nathan Cowley provenant de Pexels)

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